Passages

De Casiopea



TítuloPassages
AutorMichel Deguy
Páginas31
Imágenes31
Ancho 21 cms.
Alto 27 cms.
Fecha1966
ColecciónPoética
FondoIommi-Amunátegui
ConjuntoCarpeta H
Número de Ingreso003
NotaOriginal mecanografiado en tinta negra sobre papel marfil; contiene algunas anotaciones manuscritas en tinta azul sobre y al margen de los textos. Fragmentos de este escrito se puede encontrar en «Voyage», Actes, Michel Deguy. Gallimard, Le Chemin, p. 105-107. París 1966. Las páginas 1 y 2 se leen en Amereida p. 63-67; la 9 y 10, en Amereida II, p. 69-71; la 13-15, en p. 72-76 del mismo libro..
PDFArchivo:Passages.pdf
Código
IOM-PTQ-IAM-COA-PAS-966-003


D’une certaine manière je suis parti de Beauce au mois de juin, du fond de la combe où l’on pêche, de ce talus français qui suffit...

Quand la campagne est bleue, je m’allonge pour donner de l’orge aux nuages. Le vent cesse, le vert croît.

Il n’y a rien : lisière, coupe, blé, le chemin défleure les pommiers.

Les ramiers surpris remettent leurs vêtements.

Retiens ceci : le ciel à deux combes seulement, le blé plein battant les criques de frênes anfractueuses ; l’assiette verte de campagne aux bords seulement ouvragés ; tout s’écarte pour laisser un centre ; au-dessus de la ferme un ciel dévoûté bleu comme une bouteille exaltée pour la fête. Baglainval et Cerqueuse, que d’invocations françaises, mais si nous la confinions à son bruit seul la langue y devien­drait étrangère ; quelle gratitude, mais un poème par sons français, par alliage de purs phonèmes de chez nous Baglainval et Cerqueuse ne suffirait : qu’au moins une chanson, il le faut, offre à des sens l’abri de son insignifiance.

Un talus dans le ciel suffit pour vivre ; de ce talus français, je pars, qui suffit - Les petits coqs froissés fuient sous les orties, des voix se frayent par les frênes, des voix endimanchées. ( O existence d’Eumée, le vide et la place ; l’absence auréole d’Ulysse, et le dieu qui point. Un Hôte grogne dans le porc, et qui prend à l’aube le sang du coude ? 0 Nouveau Testa­ment, l’apparition sur l’eau, sur les fleurs ).

... des voix endimanchées : je m’en vais ouvrant vie à l’espace. Je laisse ceux qui me connaissent et déjà une puissante nostalgie me boucle. Pour la fédération je représente les jardins abandonnés au lierre, le soleil amateur peintre des meules d’école, ces trèfles aux fleurs-papillons, le seigle chatouilleux, certaines questions sur la mémoire, le temps, le parc de colza aux abeilles, l’oiseau indépendant, l’amour courtois du père pour sa fille.

O existence d’Eumée ...

J’ai entendu parler de beaucoup, étant naufrageur ; j’ai attiré ou reçu bien des épaves, bibliothèque de Luther, de Gilgamesch, de Pindare, de Buffon, du Cuse ; des filiations admirables sur les lagunes, de Carpaccio à Greco, généalogie humaine, et je mets à part les deux testaments et la généalogie de Ruth et de Mathieu ; j’ai ouï dire, et à beaucoup par métier j’ai rapporté, sans ordre comme un conte, pour faire entendre aussi qu’il s’agissait d’un conte : j’allais voir en même temps sur les digues, la terre y finissait noyée la gerbe des éléments se défaisait ou refaisait; le partage, dans le son des choses, que j’inventais de traduire : le vent maître à chanter, battant la mesure avec branchage ou tige, enseignait.

L’ormeau colonne de sa touffe debout au milieu du champ de jeune maïs sur la racine de son ombre évente les pousses, transmue la chaleur et chuchote.

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Fondo Iommi-Amunátegui / Carpeta H Originales no usados de Amereida:

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